Pratiques participatives

Les pratiques artistiques qui prennent d’assaut les rues et les espaces publics sont généralement des initiatives de collectifs d’artistes, de troupes de théâtre, de danseurs, etc. Ces actions participatives, en engageant directement le public, permettent d’animer les communautés et de démystifier les processus de création artistique. Dans le cadre de l’art engagé, par exemple, la collaboration du public donne la force à un projet commun et la créativité contribue à faire connaître le message sociétal.

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Lorraine Beaulieu

Faire vibrer le sentiment d’appartenance

Lorraine Beaulieu poursuit ses actions artistiques participatives en Mauricie. Avec les travailleurs de l’usine Saint-Maurice de Câble Alcan, elle veille présentement à la création d’un inukshuk d’aluminium qui marquera, en 2011, les 25 ans de l’usine à Shawinigan.

Depuis longtemps interpellée par les possibilités de création en milieu de travail – et stimulée par le programme d’Art au travail de Culture pour tous – Lorraine Beaulieu prend contact avec la direction de l’usine Saint-Maurice de Câble Alcan à l’hiver 2011 afin de proposer la réalisation d’un projet artistique avec la collaboration des employés.

Établie depuis 25 ans à Shawinigan, l’usine Saint-Maurice de Câble Alcan fabrique une gamme complète de fils conducteurs et de bandes d’aluminium servant à une multitude d’usages. Leur fabrication engendre d’importants résidus d’aluminium qui sont alors compactés en usine sous forme de cubes afin d’être refondus.

Lors d’une visite exploratoire de l’usine, l’artiste est inspirée par ces cubes et propose la création d’un inukshuk, une sculpture habituellement faite de pierre et dont le nom signifie, en langue autochtone, qu’un homme est passé par là. L’installation d’un inukshuk d’aluminium devant l’usine, explique l’artiste, marquera le territoire à la manière des Amérindiens du Grand Nord et témoignera de l’enracinement de l’usine dans la région.

Or ces cubes d’aluminium compacté, il faut les manipuler, les modeler, les couper, les rattacher, et c’est là que l’artiste fait appel au savoir-faire des travailleurs de l’usine qui connaissent la matière et qui, chacun à leur manière, effectuent ce travail à l’aide d’outils mécaniques et même à grands coups de masse.

L’art de communiquer pour être bien compris

Lorraine Beaulieu parle d’un important travail de communication préalable nécessaire à tous les niveaux de la hiérarchie au sein de l’usine, afin que le contexte de réalisation de l’œuvre soit bien compris. L’artiste a rencontré les chefs de chacun des départements afin de bien expliquer son projet et d’obtenir leur appui. Elle a mangé à la cafétéria de l’usine et discuté avec les travailleurs, autant pour faire comprendre son travail que pour réfléchir avec eux aux diverses possibilités de manipulation et d’intervention avec les blocs d’aluminium et les autres matériaux susceptibles d’entrer dans la composition de l’œuvre. Sur le plancher de l’usine, les travailleurs doivent sentir qu’ils peuvent contribuer à sa création, qu’ils en ont la capacité, et qu’en plus ils ont l’appui de leurs supérieurs.

 


Pour mener la réalisation d’un projet semblable, « il faut certainement aimer les gens, aimer aller à leur rencontre et avoir un don pour la communication », explique Lorraine Beaulieu lorsqu’on lui demande les qualités nécessaires au médiateur. L’artiste doit respecter l’ordre hiérarchique, comprendre le contexte de travail et s’adapter aux contraintes de la production et aux priorités de chacun. « Je suis chez eux, dans leur lieu, et c’est à moi de m’adapter à leurs conditions, à leurs habitudes, poursuit-elle. Et les travailleurs doivent sentir qu’ils sont importants dans la réalisation du projet. Ce qui m’allume le plus dans cette forme de pratique artistique participative, c’est la volonté de faire vibrer le sentiment d’appartenance à une communauté. Par mon action, j’aime toucher des gens qui ne sont pas rattachés à l’art dans leur quotidien. »

Haro sur la rivière

Lorraine Beaulieu a fait sa marque dans la région de la Mauricie notamment avec le projet d’art environnemental Haro sur la rivière, réalisé en collaboration avec Dominique Roy en 2002-2003. C’est avec ce projet que l’artiste a pris le tournant du travail collaboratif avec la communauté. Haro sur la rivière célébrait l’arrêt du flottage du bois et l’amélioration de la qualité de l’eau et de la vie sur les rives de la rivière St-Maurice. Pour cette installation flottante, les artistes ont recueilli près de 30 000 bouteilles d’eau vides auprès de la population de Shawinigan, Grand-Mère et Trois-Rivières afin de créer 4 structures en forme de billots de bois. Après trois semaines de flottage sur la rivière, une benne de récupération est venue ramasser les sculptures, finalisant ainsi le cycle de vie d’un matériau momentanément détourné de son destin. À travers cette œuvre engagée, éphémère et environnementale ayant mobilisé une importante communauté, Lorraine Beaulieu conjuguait ses préoccupations environnementales et artistiques.

« En Mauricie, le cours d’eau est éloquent pour l’identité locale, conclut Lorraine Beaulieu. Pour qu’un projet d’art participatif fonctionne, il doit être significatif pour les gens et faire écho à leur culture. »

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